Stewrotica – Ode au japon

La relation entre Stew et GCA Gallery a bientôt 4ans.
Suite au succès de l’exposition Homework dans l’espace de Nice, fin 2015, Stewrotica a très vite été envisagée entre les deux partenaires.
Avec Stewrotica, nous retrouvons toute l’identité de Stew et sa passion pour la culture japonaise classique et la personnalité de GCA Gallery.
Cette exposition a été conçue comme un travail d’équipe. Depuis sa conception au niveau des thématiques jusqu’à la scénographie, le duo Stew/GCA a su mettre à profit leurs différentes compétences pour présenter les dernières créations de l’artiste.
Stew, dans sa maitrise de la découpe de pochoir, dans les choix de ses sujets ou angles de vue, nous prouve à nouveau qu’il fait partie des meilleurs street-artists et pochoiristes de sa génération.
Il sait non seulement créer des œuvres d’atelier très abouties mais aussi des fresques monumentales.
Il peint à travers le monde depuis maintenant plusieurs années, ce qui a lui a permis de laisser ses traces au Portugal, en Russie, en Italie, en Tunisie ou évidemment à Paris avec une des plus hautes fresques de France.
Ainsi, sur une fresque récente à Lisbonne, Stew dévoile un moineau sur une branche avec en fond, un soleil violet. La composition décentrée, l’utilisation de motifs répétés et entremêlés en guise de matière, la gamme de couleurs restreinte évoquent le soleil levant et le coucou (hototogisu) qui annonce l’arrivée de l’été mais qui est aussi le symbole d’un amour insatisfait. Hiroshige (1797-1858) utilise ce symbole régulièrement dans plusieurs de ses œuvres. Nous avons ici un traitement du sujet beaucoup plus moderne et monumental qui, en s’adaptant à notre époque et nos techniques, rend hommage à l’artiste japonais du XIXème siècle
De même, sur une autre fresque réalisée cette année à Nanterre, Stew déploie une énorme carpe sur fond bleu, entourée de carpes géminées. Dans la culture japonaise la carpe a plusieurs significations : c’est un symbole d’amour et de virilité mais aussi de persévérance et de ténacité. Les carpes géminées sur les flancs du sujet principal nous renvoient à un symbole bouddhique de prospérité et bonheur.
Ses gammes chromatiques nous emmènent sur des chemins déroutants tout en respectant le coté esthétique tellement présent dans le travail de Stew.
Le mélange de tracé direct et de pochoir unifie ses pièces monumentales comme ses œuvres sur toile. En utilisant ses pochoirs en guise de tampons, Stew créée des motifs qui tantôt servent de fond tantôt de matière pour tel ou tel élément représenté.

Ses sujets, précisément choisis en accord avec les supports peints, ne sont pas du tout anecdotiques et font référence, la plupart du temps, à des icones de la culture et de la création artistique japonaise classique.
Bambi and the rainbow, nous offre un cerf, symbole de la longévité, traité à la façon de Stew. Les couleurs sont contrastées, le dégradé du ciel prononcé, utilisant des motifs aux tampons positifs et négatifs. Le héron rouge, espèce de blason réalisé au pochoir sur un support en béton rond, avec ses lignes épurées, est fondé sur les môn (armoirie japonaise) qui est symbole aristocratique. CE héron renvoie à une certaine noblesse.
Stewrotica met l’accent sur le côté érotique de la culture japonaise classique. L’artiste a, à maintes reprises, traité des sujets érotiques, mais nous avons ici, un éventail plus large et plus abouti.
Avec Dildo girl, l’importance des Shunga, gravures érotiques japonaises, dont l’âge d’or se situe à la période Edo (1603 -1868) prend ici tout son sens. La jeune fille dénudée tient dans sa main droite un harigata (objet sexuel) probablement fait d’ivoire.
Dans la même série, Teeth pain, représente en fait le portrait d’une courtisane du quartier de plaisirs d’Edo (Tokyo), Yoshiwara. Elle fait sa toilette et sa nuque nue est un élément érotique spécifique que l’on trouve fréquemment dans différentes séries d’estampes d’Utamaro (1753-1806)
Two fingers, image très explicite, fait plutôt référence au travail érotique d’Hokusai (1760-1849), même si, « officiellement » Hokusai n’a pas réalisé de Shunga dans la mesure où ces livres, ancêtres des mangas modernes, n’étaient jamais signés et étaient même interdits…
Une autre référence à Hokusai dans le travail de Stew, se voit dans son démon cyclope, étrange créature au corps de dragon. Dans les estampes tirées de la série Cent Histoire de fantômes (Hayaku monogatari – 1831-32), Hokusai met en scène des personnages fantastiques, aux comportements expressifs et aux compositions non académiques. La littérature fantastique de manière générale au Japon, était vraiment appréciée pendant la fin de la période Edo.

Stewrotica est une invitation au voyage dans le temps et l’espace. Les œuvres présentées ici, à la fois pleines d’optimisme et de référence classiques, synthétisent à merveille le travail et les recherches de Stew de ces dernières années. Les sujets sont traités avec sérieux et minutie tout en laissant place à un aspect décoratif plaisant et parfois farceur.